Quelle évolution pour l’information sur les chaînes gratuites ?

Date de publication : mardi 03 juillet 2012
Lettre du CSA n° 261 - Juin 2012

Sept ans après le lancement de la TNT, le Conseil a dressé un bilan de l’offre d’information des chaînes gratuites. Il suggère des évolutions compte tenu de la baisse d’attractivité de ce genre de programme.

La Commission de réflexion sur l’évolution des programmes, présidée par Mmes Françoise Laborde et Francine Mariani-Ducray, a mené en 2011 une réflexion sur l’évolution de l’offre d’information dans l’univers de la télévision gratuite.
Dans un contexte marqué par un besoin accru de maîtrise des coûts de grille et une montée en puissance des usages d’internet, le Conseil a mené cette réflexion pour deux raisons :
- relever les évolutions notables entre 2005 et 2010 concernant la structure de l’offre d’information à la télévision et son écoute dans l’univers gratuit ;
- mieux appréhender les enjeux relatifs à l’avenir de ce genre de programme.

Un coût élevé malgré l’absence d’exclusivité

Depuis le lancement en 2005 de deux chaînes gratuites d’information continue (apport de 15 000 heures d’information à l’offre globale sur une année), l’information à la télévision est restée globalement stable en termes d’offre de programmes sur les chaînes historiques pour la période 2005-2010 (4e genre dans la structure de l’offre), avec toujours une forte contribution des chaînes de service public.

Cette stabilité appelle plusieurs constats sur les grandes caractéristiques du genre « information » et sur la façon dont il a évolué au cours de cette période. L’information est, comme le sport ou le jeu, un programme de flux dont l’essentiel de la valeur réside dans la consommation en direct. Il se caractérise par quatre éléments :
- le marché de l’information est un marché ouvert sans acquisition de droits et quasiment sans exclusivité ;
- les chaînes disposent d’une maîtrise éditoriale et financière dans la conception des programmes (en particulier des journaux). L’information dispose par là même d’un fort pouvoir identifiant ;
- l’information est soumise à un régime de règles conventionnelles important (volume horaire à diffuser, déontologie, honnêteté de l’information, pluralisme, etc.) ainsi que réglementaires (publicité) ;
- elle représente un poste de coûts structurel et incompressible peu sensible aux variations (par rapport aux droits d’acquisition des événements dans le domaine du sport). Elle représente aussi un poste de coûts élevé (pour les chaînes qui veulent disposer d’éditions quotidiennes d’information et se doter d’une rédaction), ce qui crée une forme de barrière à l’entrée.

Un genre statutaire et attractif

S’agissant de la façon dont a évolué l’information à la télévision durant la période 2005-2010, il apparaît que le genre demeure statutaire et indissociable de la notion de « grande chaîne » comme l’attestent :
- le développement encore embryonnaire de cette offre sur les nouvelles chaînes de la TNT hors chaînes d’information (développement d’une offre de magazines en première partie de soirée, ces programmes ayant un ratio coût-audience compatible avec l’économie de ces chaînes ; tentatives d’installer des éditions courtes de journaux télévisés sur la période) ;
- le renforcement des cases d’information de M6 avec le 12-45 et le 19-45.

Ce genre reste fédérateur pour le public si l’on considère qu’en France, comme dans beaucoup de pays européens (Allemagne, Espagne, Italie), le journal télévisé se classe dans le palmarès des dix programmes les plus regardés. La plupart des éditions des journaux télévisés dans l’Hexagone ont d’ailleurs mieux résisté que la moyenne des émissions à la baisse globale de la part d’audience des chaînes historiques sur la période 2006-2010.

Les chaînes d’information continue, i>Télé et BFM TV, ont connu comme les autres chaînes une croissance notable de leur part d’audience depuis leur lancement sur la TNT gratuite en 2005, même si elles ne font pas jeu égal. En 2011, avec 1,4 % de part d’audience annuelle pour les 4 ans et plus, BFM TV a dépassé Direct Star et talonné le groupe intermédiaire des nouvelles chaînes de la TNT.

Ce genre est aussi attrayant pour les annonceurs puisque les rendez-vous d’information demeurent des leviers de recettes dans les grilles des principales chaînes généralistes. Pour TF1, la tranche 20 heures - 21 heures est celle qui concentre le plus de recettes publicitaires : 17 % (27 % si l’on ajoute la tranche 19 heures - 20 heures précédant le journal télévisé). La proportion de CSP+ dans l’auditoire des chaînes d’information continue - cible qui intéresse fortement les annonceurs - est supérieure à la moyenne de l’ensemble des chaînes. Enfin, depuis le lancement de la TNT, le chiffre d’affaires publicitaire des chaînes gratuites d’information a fortement augmenté :
 - i>Télé, déjà diffusée avant son arrivée sur la TNT, a multiplié ses recettes publicitaires par huit ;
- BFM TV, née avec la TNT, a multiplié ses revenus publicitaires par sept en cinq ans.

Des limites à son attractivité

L’attractivité de l’information présente toutefois certaines limites, tant sur les chaînes historiques que sur les chaînes thématiques. S’agissant des chaînes historiques, la limite principale tient à une puissance fédératrice moindre et à un vieillissement du public des éditions du journal télévisé.

S’agissant des chaînes d’information continue, les limites sont plus nombreuses et de nature différente.
Il y a d’abord trois limites structurelles à leurs performances d’audience :
- une sensibilité à l’actualité qui se traduit par des taux de croissance très heurtés de mois à mois ;
- une durée d’écoute par téléspectateur limitée (consommation d’un module d’actualité) ;
- une consommation massive le matin (proche de la radio).
Par ailleurs, des limites structurelles et conjoncturelles influent sur les performances publicitaires des chaînes d’information :
- un potentiel publicitaire « bridé » par une double contrainte prix-volume : les chaînes d’information se trouvent en effet limitées dans leur capacité à augmenter à la fois significativement le prix de leurs écrans et le volume horaire de publicité ;
- un écart vis-à-vis des recettes publicitaires moyennes des nouvelles chaînes de la TNT qui va en s’accroissant ;
- une forte présence des inactifs.

S’adapter pour évoluer

Les perspectives pour l’évolution de ce genre sont marquées par une appétence forte du public pour l’information dans un contexte général où la télévision demeure un média puissant dont la durée d’écoute continue de progresser. Toutefois, l’information reste un genre onéreux. La volonté de maîtrise des coûts de grille et la pression concurrentielle d’internet où l’offre d’information est foisonnante, ultra-immédiate (grâce aussi aux réseaux sociaux et au micro-blogging) et où de nouveaux acteurs sont présents (notamment les services d’information des moteurs de recherche), sont autant de contraintes pesant sur les chaînes.

Les facteurs clés de succès pour son évolution résident dans sa capacité :
- à « adapter » ses contenus aux divers moments et modes de consommation, afin de répondre aux nouveaux parcours d’information des Français ;
- à « éditorialiser » ses contenus (pari de M6 sur son journal télévisé), afin d’entretenir le lien à la marque média et sa référence dans un univers d’abondance ;
- à « monétiser » ses contenus, afin d’en défendre la valeur.