Signature de la Charte de la Diversité : l'intervention de Michel Boyon
Date de publication : mercredi 07 juillet 2010
Intervention de Michel Boyon, président du CSA, lors de la signature de la Charte de la Diversité par les médias audiovisuels, le mercredi 7 juillet 2010.
L'intervention de Michel Boyon
Monsieur le Ministre,
Monsieur le Président Claude Bébéar,
Mesdames, Messieurs,
Mes chers amis,
C'est un grand motif de satisfaction et je dirai même de fierté pour le Conseil supérieur de l'audiovisuel d'abriter la manifestation à laquelle vous avez bien voulu accepter de participer.
Le CSA a un objectif : que chaque Français se reconnaisse dans sa télévision et dans sa radio. Cet objectif est proclamé par la loi elle-même puisque, depuis la loi sur l'égalité des chances de 2006, c'est la volonté du législateur.
Le CSA n'avait pas attendu cette loi pour se préoccuper de la question de la diversité, puisque sa première étude remontait à 1999. Mais il est exact que, depuis l'intervention de la loi de 2006, il a donné une très forte impulsion et une très large dimension à son action en faveur de la diversité.
Je rends hommage à celles et ceux qui sont à l'origine de cette action et qui la conduisent quotidiennement, notamment à Rachid Arhab et Alain Méar.
Rachid Arhab est le président du groupe de travail sur la diversité que le CSA a constitué au mois de janvier 2007 ; Alain Méar est le vice-président de ce groupe de travail.
Sont ici présents les membres de l'Observatoire de la diversité dans les médias audiovisuels, que le CSA a constitué et auxquels il doit beaucoup. Je ne les citerai pas tous, mais que chacun sache que nous lui sommes très reconnaissants de l'action qu'il mène dans cet Observatoire, et qui a été à l'origine de tous les développements dont Rachid Arhab vous parlera dans quelques minutes : ils montreront bien ce qu'est l'objet de cette manifestation, la complémentarité entre ce que le CSA entreprend et encourage pour ce qui est des programmes, et ce que font également les entreprises audiovisuelles, grâce à la Charte de la diversité et grâce à l'action du président Bébéar depuis plusieurs années, grâce à l'action de M. Kag Sanoussi, le secrétaire général de la Charte, indépendamment des programmes proprement dits.
La présence à nos côtés de M. Eric Besson, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, donne un relief, un lustre particulier, et exprime de manière extrêmement forte la volonté des pouvoirs publics de progresser sur ce sujet.
Pourquoi la signature de la Charte de la diversité par les entreprises audiovisuelles ?
Les médias audiovisuels, par rapport à la question de la cohésion sociale et donc de la diversité (puisqu'il n'y a pas de cohésion sociale s'il n'y a pas reconnaissance de la diversité), ont un double rôle.
Ils ont d'abord un rôle de représentation ; ils sont le miroir de la société française.
Ils ont également un rôle de révélation, parce que les médias sont un espace dans lequel se forment un certain nombre d'images partagées.
Et donc, les médias audiovisuels, la télévision et la radio, jouent un rôle fondamental dans la constitution de l'identité de chacun, de l'identité d'un pays et de la cohésion d'une société.
Vous vous souvenez de la devise de l'Union européenne, « Unis dans la diversité », vous vous souvenez de ce qu'Ernest Renan, presque un siècle plus tôt avait écrit pour souligner que l'unité de la France tenait également à sa diversité : déjà, dans la deuxième moitié du dix-neuvième siècle, on commençait à aborder la question sous cet angle. Les médias audiovisuels ont une responsabilité sociétale dans ce domaine. Ils la connaissent, ils la reconnaissent, ils l'assument.
Avec les médias audiovisuels, le CSA essaie d'encourager et d'accompagner cette action.
C'est d'abord un atout pour l'audience. Je ne cesse de répéter depuis trois ans, depuis que nous avons donné une nouvelle dimension à notre contribution à la représentation de la diversité, que si les médias ne veillaient pas à assurer dans leurs programmes, à assurer au micro, à assurer à l'antenne, une représentation de la société française telle qu'elle est, c'est-à-dire dans sa diversité, il ne faudrait pas s'étonner qu'un jour ou l'autre, une partie du public, et notamment les jeunes, s'éloigne de ces médias. Et donc, il y va de l'avenir des médias audiovisuels, de leur pérennité. Rien que pour cela, ils doivent oeuvrer en faveur de la diversité.
C'est un atout pour la création audiovisuelle, parce que cela permet d'élargir les champs des programmes, cela permet de faire venir dans les métiers audiovisuels, dans la filière audiovisuelle, des personnes qui apportent un plus, qui donnent donc une nouvelle impulsion à la création audiovisuelle, et qui, par là-même sont très utiles pour notre société.
J'ajouterai que c'est aussi un atout pour la cohésion interne des entreprises audiovisuelles elles-mêmes.
Ces entreprises, par rapport à la question de la diversité, se trouvent dans une double situation, dans une double obligation et avec une double responsabilité, et c'est ce qui différencie les entreprises audiovisuelles des autres.
D'abord, il y a la question de leurs programmes. Ce n'est pas l'o bjet de la Charte de la diversité, c'est le travail qui a été accompli sous l'impulsion de Rachid Arhab, d'Alain Méar, de notre Observatoire de la diversité dans les médias audiovisuels, et qui se traduit par la volonté d'avoir une meilleure représentation de la diversité de la société française à l'écran, de veiller à ce que l'on ne véhicule pas de stéréotypes mais au contraire qu'on lutte contre ceux-ci, et de prévenir toute forme de discrimination quelle qu'elle soit.
Et puis, il y a le reste de la vie de l'entreprise : qu'il s'agisse des embauches ou du déroulement des carrières professionnelles, il y a un impératif de lutte contre les discriminations ; ce qui est entrepris grâce à la Charte de la diversité depuis 2004 va tout à fait dans ce sens.
Les entreprises audiovisuelles sont donc soumises à ce double devoir moral, l'un parce qu'elles sont audiovisuelles, et l'autre parce qu'elles sont des entreprises. C'est ce qui donne à leur action une signification particulière.
Pourquoi le président Claude Bébéar et le commissaire Yazid Sabeg (qui n'a pas pu être des nôtres aujourd'hui) ont-ils voulu organiser cette manifestation avec le secrétaire général du comité de la Charte ?
Tout simplement parce que nous avons constaté que seulement huit entreprises audiovisuelles étaient aujourd'hui signataires de la Charte. C'est un peu dommage, parce que l'audiovisuel représente quelque chose de très particulier sur le plan symbolique, sur le plan culturel, sur le plan social dans notre pays, et également parce qu'il y a des emplois à la clé. On oublie toujours que le secteur audiovisuel en France est un secteur qui compte beaucoup d'emplois. Dans les temps que nous connaissons aujourd'hui, c'est un des rares secteurs économiques à créer de l'emploi.
Pour cette double raison, il nous a semblé extrêmement souhaitable de donner un coup d'élan, de remobiliser les entreprises audiovisuelles autour de la Charte de la diversité. Et c'est très bien de pouvoir le faire en votre présence, Monsieur le Ministre, en votre présence Monsieur le Président, en la présence de toutes celles et de tous ceux qui au CSA s'occupent des questions relatives à la diversité, et en présence des entreprises audiovisuelles elles-mêmes.
Je ne cesse de souligner que les médias audiovisuels ont une responsabilité sociétale. Ils le montrent aujourd'hui dans tous les domaines, en participant à la protection de l'enfance et de l'adolescence, en participant à l'action pour une meilleure accessibilité des programmes aux personnes qui souffrent d'un handicap auditif ou visuel, en participant sans rechigner aux campagnes de prévention sanitaire que les pouvoirs publics veulent organiser. Je pourrais citer d'autres exemples encore.
Oui, aujourd'hui, les médias audiovisuels ont une responsabilité sociétale : ils la comprennent, ils ont décidé de l'assumer. Ce n'est pas toujours facile pour eux, c'est exact, mais ils le font, et ils le font avec un enthousiasme, je n'hésite pas à employer ce mot, qui se développe d'année en année. Et donc, à eux aussi j'adresse des remerciements.
Signature de la Charte de la Diversité : l'intervention de Michel Boyon