26 janvier 2011 : les voeux du CSA
Date de publication : vendredi 28 janvier 2011
Intervention de Michel Boyon lors des voeux du CSA aux acteurs de l'audiovisuel, le 26 janvier 2011
Les voeux du CSA pour 2011
Le Conseil supérieur de l'audiovisuel a l'habitude de présenter tardivement ses voeux, non pas parce qu'il voudrait jouer les vedettes américaines mais parce que c'est une tradition, une tradition dont l'explication n'est pas facile à trouver... Mais une fois sur deux, notre rencontre a un immense avantage, c'est qu'elle nous permet de saluer l'oeuvre qui a été accomplie par trois membres du Conseil que la rigueur de la loi oblige à s'éloigner de la tour Mirabeau, et de saluer l'arrivée de trois nouveaux membres du Conseil qui viennent de nous rejoindre.
© François Daburon
Je salue donc l'oeuvre tout à fait remarquable qui a été accomplie par Marie-Laure DENIS, par Sylvie GENEVOIX, par Michèle REISER, qui au cours des six années, six plus epsilon dans le cas de Marie-Laure, ont accompli un travail tout à fait remarquable dans l'intérêt général, au service du Conseil. Nous les remercions très chaleureusement de ce qu'elles ont fait ; elles ont obtenu des résultats tout à fait remarquables.
Et j'espère que les mêmes applaudissements salueront l'arrivée de Francine MARIANI-DUCRAY, nommée par le Président de la République, de Patrice GÉLINET, nommé par le Président de l'Assemblée nationale, et de Nicolas ABOUT, nommé par le Président du Sénat.
© François Daburon
Le Conseil supérieur de l'audiovisuel vous présente à vous personnellement des voeux très chaleureux pour la nouvelle année, des voeux que vous partagerez avec toutes les personnes que vous aimez, mais ce sont aussi des voeux que nous présentons aux institutions, aux organismes et aux entreprises que vous représentez.
Monsieur le ministre (Eric Besson), Madame la ministre (Jeannette Bougrab, je vous remercie d'avoir bien voulu répondre à notre invitation. La qualité de la relation que nous avons en est illustrée une fois de plus. M. Frédéric MITTERRAND ne nous a pas encore rejoints parce qu'il est victime du Sénat qui a programmé à 18 heures 30 l'examen d'une proposition de loi relevant de son secteur de responsabilité.
Mais naturellement, avec lui, il y a la même qualité de relations qu'avec M. Eric BESSON et Mme Jeannette BOUGRAB.
Vous avez déjà eu à subir beaucoup de discours de voeux depuis le début de l'année, je ne vais pas ajouter à la charge que vous avez éprouvée et je ne vais donc pas faire de bilan de ce qui s'est passé en 2010… Je ne vais pas vous parler de l'application du nouveau principe de pluralisme politique, je ne vais pas vous parler de la télévision numérique terrestre, de sa généralisation en métropole ou outre-mer, de la TNT payante ou des services de médias audiovisuels à la demande, de l'accessibilité des programmes aux personnes qui souffrent d'un handicap, ou encore du rôle des chaînes dans la prévention de la santé publique, de la protection de l'enfance, du travail que nous avons accompli sur les associations, travail que nous avons achevé il y a quelques jours dans un rapport rendu public qui, je l'espère, donnera lieu à des décisions et de la part des pouvoirs publics, de la part des opérateurs audiovisuels, et de la part bien sûr du CSA.
Ce que je voudrais plutôt, c'est faire quelques commentaires sur l'esprit dans lequel le CSA travaille aujourd'hui.
Nous sommes en fait au confluent d'exigences, des exigences qui sont bien souvent contradictoires, et face à ces exigences contradictoires, nous recherchons des solutions et des perspectives qui soient dynamiques.
La confiance, nous avons cherché à l'établir avec tous nos partenaires, qu'il s'agisse de nos partenaires directs que sont les diffuseurs de radio ou de télévision, ou de tous nos autres partenaires. La confiance repose sur un socle de vérité. Je sais que beaucoup d'entre vous ne sont venus que pour entendre un proverbe africain, donc je vais le délivrer tout de suite, ainsi cela vous permettra de vaquer à vos occupations ! Celui-là est du Burkina Fasso: " Le mensonge donne des fleurs mais pas des fruits. " Et c'est profondément vrai. Je vais donc essayer, nous allons essayer de tenir un langage de vérité, puisqu'encore une fois, la vérité est le socle de la confiance.
Quelles sont les exigences auxquelles nous avons à faire face ?
Il y a les exigences des professionnels, les exigences des publics, et les exigences de la société.
Par rapport aux professionnels, vous le savez, le Conseil supérieur de l'audiovisuel porte aujourd'hui un nouveau regard, notamment un nouveau regard sur les entreprises audiovisuelles et plus particulièrement encore sur les stations de radios et sur les chaînes de télévision.
Il y a aujourd'hui incontestablement une qualité de relation entre le CSA et les opérateurs auxquels nous accordons des autorisations, avec lesquels nous signons des conventions ; c'est une relation qui certes parfois débouche sur des appréciations divergentes, voire sur des procédures qui peuvent être ennuyeuses -j'y reviendrai dans un instant-, mais c'est avant tout un esprit de dialogue et de confiance qui caractérise ces relations.
Nous sommes en particulier, en cette période parce que les circonstances l'exigent, sensibles à l'économie de l'audiovisuel, audiovisuel public et audiovisuel privé. Nous sommes sensibles à ces aspects économiques parce qu'aujourd'hui -je salue Jack LANG-, nous sommes confrontés et les entreprises sont confrontées à une situation qui n'est pas facile. Il ne faut pas se faire d'illusions… La remontée des ressources publicitaires pour ce qui est principalement de l'audiovisuel privé, radios ou télévisions, ne doit pas faire illusion : certes les résultats constatés sont moins mauvais que ceux des années précédentes, mais on est loin d'avoir encore retrouvé la situation antérieure.
© François Daburon
Nous sommes sensibles à cela, et pour bien marquer notre volonté, nous avons décidé d'élargir les compétences d'un groupe de travail qui s'occupait des questions de concurrence et des dossiers européens, en affichant une nouvelle dénomination qui est celle d'économie de l'audiovisuel: elle marque bien notre volonté d'amplifier encore l'approche économique de la situation de toutes les branches de l'audiovisuel, public ou privé.
Mais tout cela n'est pas qu'une question de financement, c'est surtout un problème de positionnement. Le média radio va bien. Quand on regarde l'audience globale de la radio aujourd'hui, on n'a pas à nourrir d'inquiétudes particulières. Mais je crois qu'il faut que le média radio observe la vérité bien en face. Je continue de penser et je pense plus que jamais que la radio ne peut pas se contenter d'une diffusion hertzienne par voie analogique. Si elle garde ce support de diffusion, elle finira, qu'elle le veuille ou non, quel que soit le talent de ses dirigeants, par apparaître comme un média vieillissant, ce qui serait tout de même un comble.
Il faut donc que le problème de la radio numérique terrestre soit traité, et traité de manière claire. Vous savez qu'une mission a été confiée à David KESSLER dont on attend les résultats dans quinze jours ou trois semaines. Je l'ai dit, je le répète, j'ai du mal à comprendre la frilosité de certains opérateurs. Je ne mésestime pas du tout les contraintes financières, et surtout les contraintes d'une double diffusion puisque pendant quelques années, les radios existantes seraient obligés de diffuser à la fois en mode analogique et en mode numérique. Mais, comme disait Simone de BEAUVOIR, quand on regarde la mer, il ne faut pas seulement penser au prix du poisson… Et donc, il faut que la radio essaie de se projeter un peu vers l'avenir. Cet avenir ne peut pas se limiter à la diffusion analogique hertzienne et à un complément par la voie de l'internet. Internet restera un complément ; la diffusion analogique hertzienne, malheureusement, risque d'être perçue progressivement, pas en un an, pas en deux ans mais plus tard, comme un mode de diffusion un peu vieillissant. Et donc l'avenir de la radio, j'en reste convaincu, passe par la radio numérique terrestre.
Quant à la télévision, elle se porte tout de même plutôt bien. On nous annonce toujours la mort de la télévision, à cela je réponds, vous m'avez entendu plusieurs fois le dire, c'est comme pour le roi : la télévision est morte, vive la télévision !
C'est une nouvelle télévision qui se substitue à l'ancienne. Un seul exemple, la durée d'écoute par individu de la télévision en France qui, comme d'ailleurs dans le reste de l'Europe et comme d'ailleurs dans le monde entier, augmente et non pas diminue contrairement à ce que l'on croit souvent. Simplement, le mode d'usage de la télévision a changé, puisqu'en particulier les jeunes générations, mais aussi les moins jeunes, regardent la télévision différemment, c'est-à-dire qu'elles font plusieurs choses à la fois. Et donc, elles peuvent continuer à voir la télévision tout en révisant des cours et en papotant avec un camarade pour commenter ce qui est sur l'écran.
Cela dit, la télévision française est confrontée à un certain nombre de problèmes et à un certain nombre de menaces. Je ne citerai qu'un cas, celui des téléviseurs connectables et des téléviseurs connectés. C'est un sujet dont on ne pouvait absolument pas prévoir, il y a un an, qu'il ferait une irruption aussi massive que ce n'est le cas aujourd'hui. Or le téléviseur connecté comporte d'énormes conséquences pour le mode d'usage de la télévision.
C'est bien sûr un progrès, c'est un progrès technique, et ce progrès technique entraîne beaucoup d'avantages pour le téléspectateur, reconnaissons-le. En revanche, le téléviseur connecté signifie un ositionnement beaucoup plus difficile pour les chaînes, parce qu'elles ne joueront plus nécessairement le rôle " d'agrégateur " qu'elles jouent aujourd'hui, parce que cela peut mettre en cause d'une certaine façon la liberté de choix réel du téléspectateur dont les préférences seront conditionnées par des moteurs de recherche, par des médias ou par des annonceurs qui pourront orienter leurs choix, et surtout, cela peut aboutir à une remise en cause du soutien à la création et à la production audiovisuelle et cinématographique française.
Quand, par exemple, les majors américaines diffuseront directement par le téléviseur connecté leurs productions sur les écrans des salons de nos compatriotes, elles ne passeront pas par les chaînes de télévision et donc ne participeront pas au financement de la création et de la production française. Il faut savoir cela.
Exigences des professionnels, mais aussi exigences du public. -Bonsoir, Gilbert MONTAGNÉ !- Je vais comme l'année dernière vous parler de la qualité des programmes, en faisant un mea culpa : je vous l'avais dit en début d'année, j'aimerais bien que le CSA puisse se pencher sur la qualité des programmes… J'ai tendu l'oreille, je m'attendais à ce qu'il y ait un tollé à l'annonce de cette très vague intention. Il n'y en a pas eu, alors nous nous risquons à aller un tout petit peu plus loin aujourd'hui. La qualité des programmes n'est pas étrangère au CSA. Chacune et chacun de vous connaissent évidemment par coeur la loi de 1986, et vous savez que la loi dit très clairement : le CSA veille à la qualité des programmes et le CSA formule toute proposition permettant d'améliorer la qualité des programmes, en radio comme en télévision.
Donc, que le CSA veuille parler de la qualité des programmes n'est pas en soi hérétique. Ce n'est pas liberticide, ce n'est pas attenter à la liberté éditoriale des chaînes et à la responsabilité éditoriale de tous ceux qui s'occupent de programmation et de production. C'est simplement prendre en compte le fait que l'on a tout intérêt à avoir une radio intelligente et une télévision intelligente, on aime ça au Conseil, et que si l'on peut par le dialogue permettre à des réflexions de se faire, à des bonnes pratiques de se développer sans qu'il y ait la moindre contrainte, sans qu'il y ait la moindre pression exercée sur des opérateurs qui ont leur liberté éditoriale et qui ont leur responsabilité éditoriale, ce sera quelque chose de positif.
Je suis triste quand je vois que les sommes consacrées à la production française ont diminué en 2010 ; je suis triste quand je vois que la France est le seul grand pays d'Europe dans lequel la fiction nationale est moins regardée que la fiction américaine... La France est une anomalie de ce point de vue par rapport à la Grande-Bretagne, à l'Allemagne, à l'Italie et à l'Espagne. Nous allons vous proposer de travailler avec nous sur l'évolution des contenus audiovisuels, à la lumière des changements du paysage audiovisuel. Le fait qu'il y ait beaucoup plus de chaînes de télévision aujourd'hui, par exemple, le fait que les modes de consommation, d'usage de la télévision aient changé, amènent à des réflexions sur l'évolution des programmes et nous vous proposons de les entreprendre avec nous.
Je dirai aussi un mot de la musique. J'ai été très triste de constater les résultats de l'année 2010. Vous avez vu que, pour la huitième année consécutive, le chiffre d'affaires de la musique en France a diminué, même si la part de la variété française a un peu augmenté, mais ce n'est qu'une modeste consolation.
Il y a eu un dialogue depuis toujours entre la filière musicale et le CSA : le CSA a participé à la constitution de l'observatoire de la diversité musicale à la radio, et puis on a étendu cela beaucoup plus récemment, à un observatoire de la diversité musicale à la télévision, pur travailler sur les quotas, le respect des quotas, pour travailler sur la couleur des chaînes, etc.
La concurrence de l'Internet ne frappe pas que les éditeurs de musique, elle ne frappe pas que les maisons de disque, elle frappe aussi les programmes musicaux eux-mêmes. Et cela, c'est aussi notre affaire.
Il faut donc que, très sérieusement, on s'attaque, avec les responsables de la filière musicale, à cette situation qui est extrêmement préoccupante au regard de l'expression culturelle française.
Nous n'avons pas attendu le dernier Midem pour en prendre la décision, nous avons décidé de constituer un groupe de travail sur les problèmes de la musique, précisément pour réfléchir à la manière d'adapter les quotas de diffusion, de renforcer le respect des quotas de diffusion quand ils paraîtront adaptés, de prendre des dispositions pour éviter les contournements dans l'application des quotas, et puis peut-être pour favoriser la signature d'accords professionnels ou interprofessionnels entre les producteurs de musique, les organisations d'artistes et les chaînes de radio et de télévision.
Enfin, les exigences de la société. Ce sont évidemment les plus nobles. La loi charge le CSA, de veiller à la cohésion de notre pays. Les trois piliers de la cohésion, c'est la cohésion nationale, c'est la cohésion sociale, c'est la cohésion territoriale ; et donc nous nous attachons dans les décisions que nous prenons, dans les initiatives que nous lançons, à veiller à cette cohésion.
Je voudrais faire des commentaires sur deux points, parce que parfois ils donnent lieu à des interprétations qui me paraissent un tout petit peu erronées ou un tout petit peu abusives.
Je voudrais vous parler d'abord de la déontologie, et en premier de la déontologie de l'information. Qu'il n'y ait pas de malentendu à ce sujet, quand nous sommes intervenus sur des questions où nous considérions qu'il y avait un manquement à la déontologie de l'information, c'est-à-dire un manquement au principe d'honnêteté de l'information -c'est ce que dit la loi de 1986, elle emploie ce concept ; il peut paraître un peu ringard, un peu désuet, mais il a tout de même toute sa force-, nous l'avons fait non pas en contrôlant une objectivité ou une prétendue objectivité de l'information, mais pour nous assurer de la manière dont l'information était préparée.
Notre rôle n'est pas de contrôler la qualité de l'information, en revanche il est de vérifier la qualité de l'élaboration de l'information. D'où tout ce que nous avons dit et tout ce que nous avons fait dans des cas où il y avait notamment une utilisation abusive, pour ne pas dire davantage, d'images qui étaient prélevées sur internet sans aucune espèce de vérification, sans aucune espèce de contrôle, et dont on se servait alors qu'il n'y avait aucun rapport entre la teneur de ces images, la teneur des propos qui étaient tenus, et ce que l'on racontait sur l'écran.
De la même manière, quand on s'intéresse à la déontologie des programmes en dehors des tranches d'information, contrairement à ce que croient certains, ce n'est pas pour exhiber je ne sais quel sentiment imbécile de puissance, ce n'est pas pour infantiliser les chaînes de télévision ou les stations de radio, c'est tout simplement parce que la régulation doit protéger le présent et préparer l'avenir. Il y a un certain nombre de choses, c'est le respect de la dignité, c'est le respect de la personne humaine, qui sont des valeurs qui constituent le socle de notre République, auxquels on n'a pas le droit de déroger, même au nom du divertissement, même au nom du loisir, même au nom de la satisfaction du spectateur, du téléspectateur ou de l'auditeur, parce qu'il y va de notre avenir. Et dans ce domaine, ce que fait le régulateur, c'est simplement protéger le présent et préparer l'avenir.
Je vens de parler d'internet. Comme vous le savez, nous vivons dans une situation un tout petit peu étrange où les contenus audiovisuels diffusés par les chaînes de télévision sont soumis à une régulation. Lorsqu'il s'agit de contenus audiovisuels qui circulent sur internet, ceux qui sont à caractère commercial -je simplifie un peu, les définitions sont plus subtiles-, qui sont mis en ligne par des éditeurs privés à des fins commerciales, relèvent du CSA depuis une loi récente, parce qu'il s'agit de services médias audiovisuels à la demande, télévision de rattrapage et vidéo à la demande. En revanche, tous les autres, ceux qui ne répondent pas à des critères commerciaux, qui ne répondent pas à des fins commerciales, échappent à toute régulation !
Une partie croissante de l'opinion publique ne parvient pas à comprendre cette différence de traitement. Elle dit: d'un côté, on peut regarder des images qui sont régulées; d'un autre côté, on peut regarder des images sans qu'il n'y ait la moindre régulation. Et ce qui ne va pas, cela va être encore amplifié, pardon de radoter, par le téléviseur connecté ! Parce que cette fois, sur le même support, on va recevoir des programmes qui auront fait l'objet d'une régulation, notamment pour assurer la protection des jeunes publics, la protection de l'enfance et de l'adolescence ou la protection des mineurs (comme vous voudrez !), et d'autres qui viendront au contraire sans la moindre esquisse de régulation. Allez faire comprendre cela aux gens…
Je sais bien que le sujet est extrêmement difficile, je sais bien que, dès que l'on parle d'une intervention sur internet, on est liberticide... Je sais tout cela, je ne suis pas naïf, cela fait des années et des années que je le lis ! Et je sais très bien aussi que toute nouvelle vérité commence en étant une hérésie. La nouvelle vérité est tout de même que l'on ne peut pas laisser des images, des contenus audiovisuels circuler sur internet sans qu'il y ait la moindre régulation.
Alors le régulateur, dans tout ça… ? Le régulateur applique la loi ; la loi, c'est au fond une lettre que la société s'écrit à elle-même. Il y a des contrats, des conventions. Il y a la régulation qui est la contrepartie de la liberté, on n'insistera jamais assez là-dessus. S'il y a régulation, c'est parce qu'il y a liberté. Et s'il y a liberté, il doit y avoir régulation. C'est ce que nous essayons de faire, de la manière qui nous paraît la plus conforme à l'intérêt général. Nous n'avons absolument aucune espèce de doute sur notre indépendance. Je mets au défi quiconque de me dire quelle serait la décision prise par le CSA qui n'aurait pas répondu à cette exigence d'indépendance. Je mets au défi quiconque de me donner un exemple concret.
Alors c'est très joli de faire des commentaires sur l'indépendance du Conseil ou la non-indépendance du Conseil, mais au-delà des commentaires je veux des choses précises. J'attends que l'on me donne un exemple !
© François Daburon
Comment travaillons-nous ? Vous l'avez vu en écoutant un peu ce que j'ai dit en notre nom à tous, en dialoguant et en essayant d'anticiper. Le dialogue, c'est la vertu majeure de la maison aujourd'hui. Le CSA n'est pas un bunker, contrairement à ce que j'ai encore lu je ne sais où il y a quelques semaines. Le CSA n'est pas une maison opaque. Le CSA travaille quotidiennement et sous toutes les formes avec tous ses partenaires, et ses partenaires ne sont pas que les chaînes de télévision et de radio. Nous essayons d'anticiper, toujours anticiper, toujours, toujours anticiper, parce que nous sommes dans un domaine où l'évolution technique, en quelques années, met à mal tous les principes sur lesquels repose notre audiovisuel.
Nous faisons une régulation de contenus ; c'est cela qui compte, les contenus; beaucoup plus que les supports, les réseaux, les terminaux, les appareils ou les équipements, ce sont les contenus. Et sur cette régulation des contenus, je le dis sans aucune espèce de vanité pour nous, mais ce que je constate, c'est que nous sommes les seuls régulateurs de contenus dans notre pays, et que, dans le monde, nous sommes les régulateurs de contenus qui ont le plus de pouvoir. Souvent, reconnaissons-le, parce qu'il y a des pays où les législations nationales ne comportent pas de régulation de contenus, mais là où il y a des régulations de contenus, le régulateur national a moins de pouvoir, moins d'instruments que le régulateur français. Je rappelle cela inlassablement, c'est ce qui caractérise l'esprit du Conseil.
Je parlais de l'esprit, c'est tout simplement pour vous rappeler que le pouvoir de l'esprit finira toujours par l'emporter sur le pouvoir d'une technologie, quelle que soit l'utilité de celle ci.
26 janvier 2011 : les voeux du CSA